9 novembre 1932 - plus jamais ça

à la mémoire du 9 novembre 1932, pour la démocratie et la liberté

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Discours de Marko Brandler

vendredi 29 novembre 2002 par Xavier FERNANDEZ

Discours de Marko Brandler prononcé le 9 novembre 2002 devant la Pierre

Chacune et chacun d’entre nous a sa propre façon de se remémorer cette tragique date du 9 novembre 1932 et de perpétuer le souvenir des 13 victimes innocentes qui ont perdu la vie ce jour-là. Chacune et chacun d’entre nous essaye de comprendre comment on a pu en arriver à ce que des citoyens - soldats par une soit-disante nécessité de milice - mais citoyens tout de même, en sont arrivés à lever les armes sur leurs compatriotes. Chacune et chacun d’entre nous, même si nous n’y étions pas, essaye, à chacune des commémorations que nous faisons ici, de s’imaginer comment, dans cette Genève qu’on aime à dire si ouverte, si tolérante, si internationale, si moderne, un tel carnage imbécile a pu avoir lieu…

La question qu’on peut se poser, septante ans après ce drame, c’est : « les choses ont-elles fondamentalement changé ? ». Car, aujourd’hui encore, en Suisse, on dépense des milliards et des milliards pour entretenir cette armée inutile (soit dit en passant, quelle armée ne l’est pas ?…), alors qu’on rechigne à dépenser un peu plus pour les chômeurs, les réfugiés, les locataires, pour ne prendre que quelques exemples des sujets qui font l’actualité politique.

Mais ne soyons pas nombrilistes et cessons-un peu de tout voir à travers une lorgnette ethnocentriste : oui, ça s’est passé à Genève, oui, c’est un drame !!! Mais cette date du 9 novembre doit aussi nous servir à penser à nos frères et à nos sœurs, nos camarades qui chaque jour, dans le monde, subissent l’oppression armée. C’est pourquoi, en ce jour où je n’ai pas l’impression que les choses aient vraiment changé depuis 70 ans, je pense non seulement à nos 13 morts de 1932 qui doivent nous rappeler à jamais qu’ici aussi, on a subi la barbarie humaine, mais j’adresse mon salut et mon soutien à mes frères et sœurs palestinien-e-s, tchétchènes, irakien-e-s, et à toutes celles et ceux qui souffrent quotidiennement de la brutalité des hommes et qui, à leur façon, vivent chaque jour un 9 novembre 1932.

Alors, s’il faut saluer la mémoire de celles et ceux qui sont tombés ici même pour avoir manifesté pacifiquement leur rejet du fascisme et leur volonté de paix, je crois qu’il est également bon de tourner notre regard vers le reste d’un monde constipé de la mémoire et qui, au fil des ans, érige la violence en système.

Dire aujourd’hui « Plus jamais ça », comme cela est inscrit sur cette gerbe de fleurs, c’est donc non seulement se remémorer un épisode tragique de notre passé, mais également faire en sorte, en tant qu’êtres humains, que ce soit une devise pour le futur de notre humanité.