9 novembre 1932 - plus jamais ça

à la mémoire du 9 novembre 1932, pour la démocratie et la liberté

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discours de George Tissot

vendredi 29 novembre 2002 par Xavier FERNANDEZ

9 novembre 2002

Chers ami-e-s, cher-es camarades

Nous sommes réunis ici pour rendre hommage aux anciens du mouvement ouvrier. Et quel meilleur hommage pourrions-nous leur rendre que de continuer leur combat, comme l’ont fait lundi dernier les milliers de travailleurs du bâtiment dans leur grève et leur manifestation magnifiques ? Le lieu où nous nous trouvons revêt cette année une actualité et une importance particulières et nous donne des indications sur la façon de continuer cette lutte. Ce qui s’est passé à cet endroit le 9 novembre 1932, et plus avant en 1902, sur fonds de crise économique, c’est l’intervention de l’armée contre des ouvriers, contre des militants qui connaissaient la pauvreté, ou qui combattaient le fascisme, cette doctrine de xénophobie et d’exclusion, ce système qui voulait mettre à genoux le mouvement ouvrier.

Il est tentant de faire des parallèles entre la situation de 1932 et celle de 2002. Mais si les têtes de chapitre peuvent sembler identiques (chômage, montée du racisme et de la xénophobie, crise économique, politique et sociale ...), leur contenu diffère sur bien des points. Le monde n’est plus coupé de la même façon, le système économique et politique dans lequel nous vivons n’est plus pareil.

La violence revêt d’autres formes. Le nombre de chômeuses et de chômeurs continue de croître en Suisse et Genève. Et le chômage, avec toutes ses conséquences, est la première des exclusions, la première des violences. Sans compter toutes celles et tous ceux – tout aussi nombreux – qui sont même exclus de la statistique du chômage.

L’augmentation du nombre de chômeurs constitue un moyen de pression sur l’ensemble des salariés. Les patrons en profitent pour mettre en concurrence les salariés et imposer leur ordre. Les licenciements explosent, ainsi que les suppressions d’emploi, y compris dans les services publics que des considérations purement idéologiques ravalent au rang du marché de la concurrence. Les gains de productivité ne font l’objet d’aucune compensation, les conditions de travail se détériorent, la déréglementation triomphe, le dumping salarial et social se généralise, tout cela dans un pays qui continue à pratiquer les horaires de travail les plus longs d’Europe. C’est dans ce contexte que des patrons peuvent se croire permis de ne pas tenir leurs promesses conventionnelles, y compris quand il s’agit d’une mesure aussi évidente que l’avancement de l’âge de la retraite pour les pénibles métiers du bâtiment.

Devant le désarroi né des difficultés économiques, du chômage, la responsabilité du mouvement ouvrier est de montrer que le salarié n’a pas de possibilité de solution individuelle face aux atteintes à ses conditions de vie, de travail et de revenu. Au contraire, le repli sur soi engendre des divisions dont profite le patronat ; le repli sur soi mène tout droit à l’intolérance, à la xénophobie et au racisme. Les tenants du libéralisme ont tout intérêt à développer l’individualisme, la mauvaise compréhension, la compétition entre individus. Car notre division fait leur force. L’un des dangers de l’extrémisme de droite, c’est qu’il naît sur les peurs, sur le désarroi et la détresse de la population.

Nous avons aujourd’hui à nous battre avec résolution pour le réapprentissage de la solidarité, contre toutes les formes d’exclusion, pour la réduction des inégalités, pour le droit à la différence, le droit des minorités, les droits humains et les droits syndicaux en Suisse et dans le monde, pour la suppression de toute discrimination, et en premier lieu la discrimination entre femmes et hommes et celle entre suisses et étrangers.

Si la situation d’aujourd’hui n’est pas celle de 1932, c’est que nous avons connu une profonde mutation de la société et du système économique. Mais, contrairement à ce que veulent nous faire croire les tenants du libéralisme, ce n’est pas grâce aux mérites du système économique ni grâce à la générosité des patrons que les conditions de travail et de vie sont meilleures aujourd’hui, malgré les difficultés que connaissent un nombre croissant de personnes. Si les heures de travail ont diminué, si les salaires ont augmenté, si une certaine protection sociale a été mise sur pied, ce n’est le fait ni du patronat, ni de l’État.

C’est le résultat des luttes du mouvement ouvrier. C’est le mouvement ouvrier qui a créé les caisses maladie, les caisses de chômage, qui a forcé la création de l’AVS – toutes institutions qui sont aujourd’hui attaquées, bientôt dépouillées. C’est cela, mes camarades, le sens de l’hommage que nous rendons aujourd’hui aux anciens, c’est en cela qu’ils nous ont préparé la voie.

Dans deux semaines, une votation va justement nous permettre de nous prononcer - pour celles et ceux qui en ont le droit - sur des sujets qui sont en prise directe avec ces considérations.

Il s’agit d’abord de tordre le cou aux tendances xénophobes et racistes nées de l’individualisme et prônées par ceux qui font commerce des doctrines d’extrême droite et du populisme tout en accommodant ce fascisme ordinaire de la soumission au libéralisme le plus dur. L’initiative mensongère sur les abus du droit d’asile renvoie à des peurs mal documentées et fantasmées, et s’alimente de la haine, du repli sur soi et de la volonté d’exclusion. Il s’agit de sauvegarder la dignité de toutes celles et tous ceux qui fuient l’innommable, mais aussi de sauvegarder notre propre dignité de citoyennes et de citoyens en refusant de nous compromettre dans cette ignominie raciste.

Il s’agit aussi, pour continuer la lutte des anciens, de refuser le 24 novembre l’attaque insupportable contre l’assurance chômage et contre les chômeuses et les chômeurs. Il n’est pas digne de la part de nos autorités qu’elles cherchent à discréditer les personnes sans emploi en les considérant comme des abuseurs qu’il s’agit de remettre au pas en leur coupant leurs indemnités. S’il faut réellement sanctionner les responsables du chômage, alors faisons-le. Ils sont connus : leurs noms s’étalent régulièrement dans la presse, principalement à la rubrique de licenciements, des gains et des pertes boursiers et des détournements d’argent.

Mais ce combat ne sera pas terminé si nous gagnons la votation. Il s’agira aussi de s’opposer résolument à toute mesure visant à réduire les droits des chômeuses et des chômeurs.

C’est pour cela que la CGAS s’engage - ici et aujourd’hui - solennellement - à combattre avec force toute révision des mesures cantonales genevoises pour les chômeuses et les chômeurs en fin de droit qui aurait pour but de réduire de quelque manière que ce soit leurs droits aux prestations.

Le voilà, le meilleur hommage que nous pouvons rendre à la lutte séculaire du mouvement ouvrier international et genevois.

Georges Tissot
Président de la CGAS - Communauté genevoise d’action syndicale