9 novembre 1932 - plus jamais ça

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Quelque 700 manifestants pour commémorer le 9 novembre 1932

samedi 10 novembre 2012

LIBERTÉS • L’utilisation de l’armée à des fin de sécurité intérieure voulue par le conseiller fédéral Ueli Maurer inquiète.

SAMEDI 10 NOVEMBRE 2012

Philippe Bach

Des représentants des syndicats, des partis de gauche et des mouvements sociaux étaient présents dans le défilé.

Quelque 600 personnes – peut-être 700 à l’arrivée – ont participé hier à la manifestation visant à commémorer le quatre-vingtième anniversaire de la fusillade du 9 novembre 1932 qui fit 13 morts et une centaines de blessés.
Un défilé parti de la zone piétonne du Mont-Blanc, où l’on retrouvait des représentants des syndicats, des partis de gauche et des mouvements sociaux. Le réseau Antifa avait visiblement assez largement mobilisé chez les jeunes.

Police mobilisée

Le tout sous haute surveillance policière – en tenue d’assaut avec des fusils pour tirer des balles en caoutchouc – qui a d’ailleurs arrêté quelques jeunes et a fouillé de nombreux manifestants. Les carrefours avaient été bloqués par des rangées de fourgons, histoire de garantir que le parcours de la manifestation soit bien respecté (et qu’un passage en force du pont Mont-Blanc ne soit pas tenté).
A l’arrivée, tout s’est relativement bien déroulé, mis à part quelques pétards et fumigènes lumineux. Une foule de manifestants débonnaires a surtout ironisé sur le fait qu’un cordon de policiers protégeait le McDonald’s et pas le Conservatoire... « On a les priorités qu’on mérite », dixit un manifestant. Sur la plaine de Plainpalais, les noms des treize morts étaient affichés sur des poteaux et illuminés d’une lanterne.

Contexte contemporain

La fusillade du 9 novembre a été placée dans son contexte politique actuel : à savoir les velléités du conseiller fédéral udéciste Ueli Maurer de lui confier des tâches de maintien de sécurité intérieure. « L’armée assure déjà de telles missions chaque année lors du Forum économique mondial de Davos, alors qu’il s’agit bien d’une mission civile. Et symboliquement, on voit bien qui il s’agit de protéger », a ironisé Tobia Schnebli, au nom du Groupe pour une Suisse sans armée, dénonçant la banalisation de ces missions de plus en plus nombreuses pour préparer l’opinion publique à accepter cet état de fait.

Rita Schiavi, qui s’exprimait au nom de l’Union syndicale suisse (lire ci-après) a dénoncé la dernière opération militaire intitulée « Stabilo due » et qui voyait l’armée plancher sur un scénario catastrophe avec des hordes de réfugiés groupés au frontières suisse et des troubles internes. Le fait qu’Ueli Maurer évoque quatre nouveaux bataillons représentant 1600 hommes affectés à des tâches de police ne laisse pas d’inquiéter la syndicaliste. « La stabilité s’obtient par la paix sociale et une juste répartition des riches, non par la guerre civile. »

Petit chahut

Autre parallèle, opéré par le conseiller national vert Antonio Hodgers, qui a souligné que l’alliance de la droite dite « libérale » avec les mouvements xénophobes « est malheureusement une constante dans nos sociétés, notamment en période de tension économique, comme celle qu’on connaît aujourd’hui ». Reste que la présences des orateurs du PS et des Verts – Sandrine Salerno et Antonio Hodgers – a été quelque peu chahutée par des Indignés et des Antifas qui leur reprochaient – bruyamment – la prise de position favorable de leur parti respectif à la nouvelle Constitution, nonobstant le recours à l’armée pour des tâches de police tel qu’inscrit dans ce texte.

Un terrain sur lequel Jocelyne Haller, constituante de Solidarités et opposée à ce texte s’est refusée à s’engager. Elle a en revanche noté que ce texte ouvre la porte à de potentielles régressions sociales et que face à la division des travailleurs prônée par l’extrême droite et, de plus en plus, par la droite dite centriste, c’est bien une solidarité de classe qu’il faut s’attacher à (re)construire. I


Trois questions à Rita Schiavi

Secrétaire syndicale à Unia et membre du comité central de l’Union syndicale suisse (USS). Elle s’est exprimée hier durant la manifestation.

C’est la première fois que l’USS délègue quelqu’un pour cette commémoration. Qu’est-ce qui justifie votre venue ?

Il s’agit d’une question nationale et pas seulement genevoise. A l’époque, l’importance de l’événement avait été comprise comme telle. Et il y a un élément d’actualité : les déclaration du conseiller fédéral Ueli Maurer, qui entend confier des tâches de sécurité intérieure à l’armée. Cela a provoqué beaucoup de remous à l’intérieur des syndicats.

Quelle lecture l’USS fait-elle de ces déclarations ?

Comme en 1932, il s’agit de protéger les intérêts des possédants en recourant à l’armée. Ueli Maurer et André Blattmann (chef de l’armée suisse, ndlr) préparent la guerre, ce qui est leur rôle, mais contre le peuple suisse, ce qui doit être stoppé. On sait très bien qu’en première ligne de la répression il y a aura les syndicats, les partis de gauche et les mouvements sociaux.

Quelle sera la suite de la mobilisation de l’USS ?

Nous sommes un peu démunis. Le conseiller national Paul Rechsteiner a déjà interpellé le Conseil fédéral pour lui demander de faire machine arrière. En vain. Des discussions sont en cours pour voir si une deuxième tentative vaut la peine d’être tentée au parlement fédéral. pbh




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