Comité d’organisation du 1er Mai

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discours spBIT Catherine Comte-Tiberghien centenaire OIT

8290 signes

mercredi 1er mai 2019

Cher (e) s camarades,

La représentante que je suis du syndicat du personnel de l’Organisation internationale du travail est honorée et fière de pouvoir s’exprimer devant vous en ce 1er mai.

Le syndicat du personnel de l’OIT, crée en 1920, entretient de longue date des relations solidaires avec les syndicats genevois et suisses. Nous répondons pour notre part, toujours présents aux manifestations du 1er mai, fête du travail et des travailleurs.

Même si nous pouvons parfois apparaitre comme des extra-terrestres dans le monde genevois du travail, il y a réellement une convergence des luttes, notamment en ce qui concerne la précarité, surtout chez les jeunes qui obtiennent difficilement une stabilité d’emploi, la non-rémunération des stagiaires (sauf à l’OIT), une sécurité sociale à géométrie variable et une attaque en règle des services publics.

Dans un contexte international non favorable où le multilatéralisme est en déclin, notre lutte actuelle se concentre sur l’obtention d’un véritable mécanisme de négociation collective pour le personnel des Nations unies dans le cadre de la réforme. Vous ne le savez peut être pas mais à part l’OIT, le personnel ne négocie pas ses conditions de travail et d’emploi à l’ONU. Quelle ironie quand même pour une instance chargée de promouvoir les droits humains y compris les droits fondamentaux au travail !

C’est pour cela qu’il est important que l’OIT, avec l’aide des travailleurs de tous les pays, puisse être entendue et proactive lorsqu’il s’agit de défendre et de protéger tous les travailleurs, quels qu’ils soient.

L’OIT - Organisation internationale du travail, agence spécialisée des Nations unies, fête cette année ses 100 cents ans d’existence.

En 1919, la fin de la première guerre mondiale a laissé de nombreux pays avec des conflits sociaux non résolus, des travailleurs de tous les pays confrontés à des inégalités croissantes, l’émergence des révolutions à l’Est de l’Europe et un mouvement international ouvrier puissant inquiétaient les gouvernements. La peur des troubles était si grande que les Etats signataires du Traité de Versailles ont créé l’Organisation internationale du Travail, convaincus qu’une organisation chargée des questions du travail pour promouvoir et préserver la paix dans le monde était nécessaire.

C’était ainsi la première étape d’une gouvernance du travail, la création d’une sorte parlement mondial du travail, réunissant des gouvernements mais aussi des travailleurs et des employeurs pour élaborer les normes internationales du travail et ainsi promouvoir les droits fondamentaux au travail.
L’OIT a joué un rôle important à des moments charnières de l’Histoire mondiale et résonnent pour beaucoup d’entre nous. C’est elle qui la première, dans sa Déclaration de Philadelphie en 1944 a déclaré que le travail n’était pas une marchandise. Elle a joué un rôle prépondérant dans le processus de décolonisation, et dans la création du syndicat indépendant Solidarnosc en Pologne, et dans la victoire contre l’apartheid en Afrique du Sud. Elle a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1969 et s’emploie jusqu’à aujourd’hui à la promotion d’un travail décent et d’une justice sociale, cela dans une mondialisation de plus en déshumanisée et guidée le plus souvent par des intérêts économiques.

Les activités de l’OIT ont donc une influence sur toute notre vie, y compris par exemple notre durée de travail et de repos, notre sécurité et notre santé au travail, nos emplois, nos salaires ainsi que nos retraites et l’ensemble de nos conditions de travail.
A ce jour l’OIT a adopté 189 conventions et 205 recommandations qui offrent un cadre aux législations nationales. Pour sa part la Suisse a adopté 60 conventions l’ensemble des conventions fondamentales dont la 87 et la 98 sur la liberté syndicale et la négociation collective.

Mais le plus important aujourd’hui est l’OIT puisse continuer longtemps à jouer son rôle de sentinelle sociale du monde les 100 prochaines années avec l’objectif clair que la justice sociale et le travail décent demeurent des conditions indispensables pour maintenir la paix et pour réfléchir à l’avenir du travail dans le contexte de la mondialisation.

Car c’est sûr, s’il devait y avoir un troisième conflit mondial il serait résolument social. Le monde du travail est confronté à des défis et des changements majeurs comme la robotisation, la transition vers une économie verte et l’émergence de ce qu’on appelle l’économie des petits boulots, qui entraine un bouleversement de la relation traditionnelle entre employeurs et employés. La précarité est à chaque coin de rue, l’écart de salaire entre les hommes et les femmes a toujours de la peine à se réduire et l’intelligence artificielle, en embuscade, n’a pas encore révélé toutes ses menaces pour les travailleurs.

C’est donc aussi notre rôle, nous travailleurs et syndicalistes de faire en sorte que la dimension sociale, l’aspect normatif demeurent au cœur du mandat de la seule Organisation du système des Nations Unies s’occupant de la sécurité et du bien-être des travailleurs et surtout de manière universelle.

En juin de cette année, lors de la conférence internationale du Travail, l’OIT doit publier une déclaration du Centenaire. Les travailleurs de tous les pays y compris les syndicats de travailleurs helvétiques, doivent faire entendre leur voix de manière tonitruante dans le seul parlement mondial du travail existant.

Afin que la voix des travailleurs soit bien entendue, et pas seulement dans les salles de réunions feutrées du Palais des nations et afin qu’un véritable contrat social voit le jour, la confédération syndicale mondiale a l’intention d’organiser une grande manifestation des travailleurs, le 17 juin, sur la place des Nations et m’a chargée de vous passer le message en espérant que les syndicats et travailleurs genevois et suisses les rejoindront pour maintenir et améliorer toutes les avancées sociales et économiques obtenues les siècles passés.

L’OIT, pour son centenaire, a pour slogan « faire avancer la justice sociale et obtenir un travail décent »

Aujourd’hui, le syndicat de son personnel ajoute : « Le peuple et ses travailleurs au-dessus du profit pour un véritable contrat social » !
Vive la Suisse, Vive Genève ! Vive l’égalité, Vive la justice sociale et le climat !

C. Comte-Tiberghien, Présidente Syndicat du personnel de l’OIT, 01.05.2019