Comité d’organisation du 1er Mai

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BERNE - Appel du 1er Mai de l’Union syndicale suisse

jeudi 23 avril 2015 par Claudio

Appel du 1er Mai de l’Union syndicale suisse p. 1

Les 125 ans du 1er Mai – Un miroir de l’histoire de la gauche et
des syndicats, en Suisse aussi

Ewald Ackermann, service de la communication de l’USS p. 3

Le Solifonds dédie son action du 1er Mai aux syndicats du Pakistan
Yvonne Zimmermann, coordinatrice du Solifonds p. 6

Appel du 1er Mai de la Confédération syndicale internationale p. 7

Justice sociale – Pas d’exclusion !

En 1890, des syndicalistes sont descendus pour la première fois dans la rue un 1er Mai, en Suisse comme dans le reste de l’Europe. Ils répondaient à l’appel du Congrès international des travailleurs de Paris qui, une année plus tôt, avait proclamé le 1er mai Journée internationale du travail, suite au dur conflit de Chicago, dans le contexte de la grève pour la journée de travail de 8 heures. En Suisse aussi, les collègues revendiquaient haut et fort la journée de 8 heures. Mais les patrons leur opposaient une fin de non-recevoir. C’est contre cela que nous nous sommes battus.

La lutte pour de bonnes conditions de travail et une participation équitable aux fruits du travail a été dure, en Suisse aussi. Sur les lieux de travail et dans la rue. Les manifestations du 1er Mai se sont toujours plus fait entendre, attirant toujours plus de monde. Depuis lors, nous avons beaucoup obtenu : dans de nombreuses entreprises, nous avons obtenu la journée de huit heures, la plupart du temps sur la semaine de cinq jours, ainsi que l’introduction des vacances, des hausses de salaire, une sécurité au travail améliorée et la création de l’assurance-maladie, de l’assurance-accidents et des rentes de vieillesse. Bref, le mouvement des travailleurs et travailleuses a conquis de haute lutte plus de justice sociale.

En 2015, ce combat n’est pas terminé. La Suisse n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui. Elle pourrait se permettre d’offrir une vie meilleure à l’ensemble des travailleurs et travailleuses, à tous les retraités et toutes les retraitées. La réalité est malheureusement différente. Les disparités sociales croissent. La répartition des revenus et de la fortune est extrêmement inégale. L’écart entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas » se creuse. La mondialisation fait toujours plus de perdants. Les tra-vailleurs et travailleuses sont rejetés hors du monde du travail, poussés vers l’aide sociale. Plus tard, ils paieront cette injustice en recevant des rentes de vieillesse plus maigres. Il devient plus difficile pour les jeunes d’entrer rapidement sur le marché normal du travail. Avec 4,9 %, le chômage est plus élevé que dans le Bade-Wurtemberg et la Bavière. Nous sommes bien loin du plein-emploi. Les pressions sur les salaires s’accentuent. Et la charge de travail a sensiblement augmenté. Tous ces faits inquiètent les gens. C’est contre cela que nous nous battons.

Au lieu de s’attaquer aux problèmes, les partis de droite, les milieux économiques et les patrons veulent miner la justice sociale. Nombre de patrons prennent prétexte de la forte surévaluation du franc, non seulement pour maintenir, mais même pour faire grossir leurs marges. Appliquant le principe selon lequel, quand les affaires marchent, on empoche les bénéfices et quand elles vont mal, on répercute les risques sur le personnel, ils introduisent des salaires en euros illégaux, baissent les salaires, délocalisent des emplois et prolongent la durée du travail. C’est contre ces « profiteurs de la crise du franc » que nous nous battons.

Au lieu de demander à la Banque nationale de remplir son mandat légal et d’œuvrer pour un cours de change franc-euro raisonnable, les partis de droite votent, à l’unisson des milieux économiques et propagent des recettes idéologiques bien connues : dérégulations, démantèlement des services pu-blics, programmes d’austérité, régression sociale, baisses d’impôts pour les entreprises et les riches et renoncement à des mesures attendues depuis trop longtemps pour réaliser l’égalité salariale pres-crite par la Constitution. C’est contre cela que nous nous battons.
Au lieu de résoudre les problèmes, on exploite la détresse et les peurs des gens en lançant des campagnes d’exclusion : contre les bénéficiaires de l’aide sociale, contre les rentiers et rentières de l’AI, contre les minorités religieuses et surtout contre les étrangers et les étrangères. Or, l’exclusion et les discriminations ne portent pas seulement atteinte aux personnes qu’elles frappent, mais aussi à toute la société. Et elles mettent en danger le bien-être. C’est contre cela que nous nous battons.
L’heure est à la justice sociale. Des salaires équitables et des rentes décentes, des conditions de travail de qualité, des emplois sûrs et l’égalité salariale entre femmes et hommes, c’est économiquement possible en Suisse. Il s’agit d’une question de volonté et de rapport de force. C’est pourquoi nous réclamons haut et fort des salaires décents, des rentes meilleures, de bonnes conditions de travail et le plein-emploi. Nous voulons une Suisse juste, solidaire, sans discrimination et ouverte. C’est pour cela que nous nous battons. C’est pour cela que, en ce 125e anniversaire de la Fête du travail, nous lançons notre mot d’ordre à travers tout le pays : Justice sociale – Pas d’exclusion !

Les 125 ans du 1er Mai Un miroir de l’histoire de la gauche et des syndicats, en Suisse aussi

Noël et Pâques sont célébrés uniquement par la chrétienté, de même que carnaval. Le passage à la nouvelle année ne tombe pas partout un 1er janvier. Les fêtes nationales ont lieu à des dates différentes selon les pays. Le 1er Mai est le seul jour férié de portée véritablement universelle. C’est un jour férié dans plus de 100 pays et il y a désormais 125 ans qu’il est fêté.

Ewald Ackermann, service de la communication de l’USS/fq

Cela fait 125 ans donc que le 1er Mai est fêté en Suisse, comme d’ailleurs sur toute la planète. Ce jour est un miroir de l’histoire des mouvements sociaux et des partis politiques, parfois très diversifiés, qui luttent pour la justice et les droits humains. C’est vrai pour la Suisse comme au plan international. Les syndicats représentent une part importante, voire la part de loin la plus importante dans certains pays, de cette histoire. Mais ils n’ont et n’ont pas eu par le passé non plus le monopole de cette fête, en Suisse également. Chez nous, ce jour a en outre toujours eu une coloration très régionale où il n’y a pas eu et il n’y a toujours pas de manifestation centralisée aujourd’hui. Quasiment toutes les communes de plus de 10 000 habitant(e)s ont connu et connaissent des Fêtes du 1er Mai, ce qui favorise une large participation de la population et la collaboration de groupements dont le rayonnement se limite parfois à la région.

Hétérogénéité, mais concentration thématique

Malgré cette apparence très hétérogène au premier abord du 1er Mai en Suisse, la thématique qu’il développe a, tout au long des 125 dernières années, toujours logiquement reflété les conflits sociaux d’actualité. Les syndicats en profitent pour attirer l’attention du public sur les principales revendications du moment. S’ils n’atteignent pas l’unité au plan national, ils parviennent à obtenir une concentration thématique de par leur présence partout dans le pays, à savoir en participant à l’organisation de toutes les manifestations du 1er Mai. En règle générale, ils ont à chaque fois un orateur ou une oratrice, sans parler d’une présence uniforme à travers les rubans, le slogan national, l’appel et les affiches du 1er Mai.

Thèmes et formes : une vue d’ensemble

Pendant les 30 premières années, le thème de la journée de travail de 8 heures a dominé les 1er Mai. Depuis le 20e siècle, les revendications sociales sont aussi au premier rang, leur concrétisation à travers des lois ou des conventions collectives de travail étant mis en exergue en fonction du thème abordé ou de l’organisation concernée. On ne sera pas étonné de constater que, dans la démocratie directe qu’est la Suisse, toutes les votations populaires qui ont lieu aux alentours du 1er Mai et ont une portée sociale sont évoquées à cette occasion. La forme prise par ces manifestations n’a, quant à elle, cessé de se modifier au fil des 125 dernières années. Elle reflète la culture des organisations de gauche et, ce qui n’étonnera pas, elle s’est montrée plus combative à l’époque de la lutte ouverte des classes et a recouru à une symbolique nationale face à la menace du fascisme. Pas surprenant donc que, depuis les années 1990, les 1er Mai ont eu des accents plus combatifs que les 30 années précédentes ; cela, surtout à cause des syndicats qui ne revendiquent alors pas seulement des nouvelles formes de protection des salarié(e)s, mais doivent défendre l’acquis contre les attaques de la droite.

Ce qui n’a cependant pas changé avec le 1er Mai, c’est qu’à côté de son volet combatif, cette date a tou-jours été un jour de fête pour le mouvement ouvrier. Pour certaines personnes qui y participent, le côté festif est aussi le premier à compter, ce qui ne trahit pas un comportement apolitique mais permet de « recharger les batteries ».

Bref aperçu des origines et de l’histoire du 1er Mai

Le mouvement ouvrier, qui prend de l’ampleur à la fin du 19e siècle, place alors surtout la journée de 8 heures au centre de ses revendications, une revendication que les syndicats des États-Unis entendaient faire aboutir le 1er mai 1886, cette date étant le jour où les ouvriers négociaient traditionnellement leurs nouvelles conditions de travail. Ce 1er mai-là, une grande grève éclata à Chicago. Elle s’achèvera le 4 mai par un attentat contre la police et une bataille de rue. Et au cours de la parodie de procès qui s’ensuivit, sept dirigeants du mouvement ouvrier seront condamnés à mort. Quatre subiront le châtiment suprême, un se suicidera dans sa prison, deux seront graciés et leur peine commuée en détention à vie.

La décision du Congrès international des travailleurs

En Europe et en Australie aussi, le jeune mouvement ouvrier revendique avant tout des conditions de travail humaines et surtout la journée de 8 heures de travail. C’est ce que veut obtenir le Congrès inter-national des travailleurs, qui se tient à Paris en 1889 et se constituera ensuite en Deuxième internationale socialiste, à travers des manifestations simultanées dans tous les pays et toutes les villes du monde, manifestations lors desquelles les travailleurs et travailleuses revendiqueront des pouvoirs publics la durée quotidienne du travail de 8 heures. La confédération syndicale américaine voulut, en souvenir de la grève de Chicago, entamer le 1er mai 1890 ce combat pour la journée de 8 heures, une date acceptée par les congressistes européens. Et en 1891, un nouveau congrès de la Deuxième internationale décida de proclamer le 1er mai jour de lutte. La fête du 1er Mai 1890 prendra des formes différentes selon le pays. À Londres, ce sont 30 000 personnes qui manifestent à Hyde Park. En Allemagne, on n’assiste qu’à de rares cortèges. L’empereur avait ordonné à l’armée de réprimer impitoyablement tout trouble et le SPD, interdit pendant onze années, ne voulait pas mettre sa montée en puissance en danger.

Les débuts du 1er Mai en Suisse

En Suisse, le 1er Mai 1890 est fêté dans pas moins de 34 localités. À cette époque, l’Union syndicale suisse (USS) comptait à peine 5 000 membres, le Parti socialiste suisse avait 9 mois d’existence. « Quelques milliers » de personnes ont probablement débrayé ce jour-là, la plupart à Berne. En début d’après-midi, on dénombre déjà 2 000 manifestants qui défilent dans les rues de la ville fédérale, sagement rangés derrière un drapeau qui demande le respect des droits humains. Dans la plupart des localités, les manifestations du soir connaissent cependant une plus grande affluence. Dans de nombreuses localités, plusieurs cortèges se font concurrence, surtout entre des indigènes et des nouveaux arrivants (pas seulement des étrangers et des étrangères). La qualité des sources des chiffres concernant la participation à ces premiers 1er Mai s’explique par le fait que l’administration fédérale faisait espionner systématiquement les manifestations…

En 1919 : 50 000 manifestant(e)s à Zurich

En 1910, le 1er Mai est célébré dans 96 localités suisses. À Zurich, le nombre des manifestant(e)s dépasse à plusieurs reprises les 10 000 avant la Première Guerre mondiale. Jusqu’à cette dernière, le principal sujet évoqué est clairement celui de la journée de travail de 8 heures. Avec la Première Guerre mondiale, on assiste à une baisse de la participation, mais en 1918, en raison de la détresse accrue qui frappe les familles d’ouvriers et ouvrières, l’affluence aux manifestations du 1er Mai reprend. La plus grande manifestation a lieu en 1919 à Zurich. 50 000 personnes prennent part au défilé. Un peu auparavant – fruit tardif de la Grève générale – la journée de 8 heures (plus exactement la semaine de 48 heures dans de nombreuses branches) avait été introduite.

De l’intégration…

Malgré ce succès, les Fêtes du 1er Mai sont désormais organisées dans tout le pays. Des luttes entre différents courants de la gauche marqueront surtout les années 1920, le combat contre le fascisme les années 1930 et l’intégration progressive du mouvement de la gauche dans l’État bourgeois, sur lequel les sociaux-démocrates exercent toutefois leur influence, à partir des années 1930. En 1938, l’USS et le Parti socialiste recommandent pour la première fois de participer aux cortèges du 1er Mai en prenant aussi un drapeau suisse. Dans les années 1950, les Fêtes du 1er Mai sont, de manière flagrante, marquées par la volonté de réaliser cette intégration. Maintenant, on est intégré, ce que symbolisent les groupes costumés et les dames d’honneur qui participent aux cortèges, ainsi que les revendications plus modestes qui sont formulées. Les déclarations militantes sont plus marginales. La principale voix de l’opposition est celle des salarié(e)s étrangers qui, à Zurich, ont commencé à être les plus nombreux dans les cortèges dès le début des années 1960.

…. aux nouvelles revendications

Peu de temps après, de nombreuses fractions des nouvelles gauches, les mouvements estudiantins, féministes, écologistes, pacifistes, tiers-mondistes et antinucléaires apportèrent de nouvelles couleurs et revendications lors des manifestations du 1er Mai. Devant, des fanfares ouvrières qui jouent des airs pa-triotiques et, juste derrière, les jeunes-turcs combatifs, c’est ainsi que la Tagwacht, un journal socialiste, décrivait en son temps la manifestation du 1er Mai 1969 à Berne.

Depuis les années 1970, la composition des cortèges de manifestant(e)s se modifie. Au lieu de cortèges fermés, composés essentiellement des syndicats et du Parti socialiste, trois centres sont désormais à différencier : les syndicalistes classiques, les groupes d’immigré(e)s et les nouveaux mouvements sociaux. Les 20 années suivantes, ces trois blocs se tiendront à distance prudente les uns des autres. Depuis les années 1990, mis à part quelques cas particuliers, on assiste cependant à une nouvelle « fusion » et unification au sein des cortèges placés la plupart du temps sous la houlette des syndicats. Cela n’est pas étonnant, car les syndicats se sont fondamentalement réformés pendant les 25 dernières années et constituent aujourd’hui de toute évidence la plus grande organisation d’immigré(e)s de Suisse. De plus, nombre d’anciens membres actifs de petits mouvements sociaux, qui se positionnaient à gauche du Parti socialiste, jouent actuellement un rôle important au sein des syndicats, comme militant(e)s ou syndicalistes professionnels.

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