Comité d’organisation du 1er Mai

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Discours de Giangiorgio GARGANTINI - SIT

vendredi 2 mai 2014 par Claude Reymond

Chères et chers camarades,

22 francs de l’heure, 4’000 francs par mois pour une durée hebdomadaire de travail de 42 heures. C’est le seuil que le comité d’initiative pour un salaire minimum a fixé comme salaire minimum légal, et c’est sur ce seuil que nous allons voter le 18 mai prochain. 4’000 francs, soyons clairs, ne sera pas un salaire qui permettra de vivre aisément aux familles genevoises, mais c’est une limite au-dessous de laquelle le travail ne pourra simplement plus être rétribué. Et cela permettra de changer la réalité de 33’000 personnes dans les cantons, car le SIT a pu déterminer, des suites d’une étude menée en 2013, que c’était la réalité des bas salaires dans le canton.

Sans vouloir transformer ce discours en un exposé statistique, il me semble important de souligner d’autres données relatives à cette étude. Les personnes qui gagnent moins de 4’000 francs gagnent souvent beaucoup moins que cette somme : le salaire moyen parmi ces bas salaires est de 3’437 Francs par mois ! Sans surprise malheureusement, les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes, et certains secteurs sont plus touchés que d’autres (restauration, hôtellerie, commerce de détail, « service à la personne »). Les bas salaires touchent enfin aussi bien les employé-e-s qualifié-e-s que celles et ceux sans formation ! Dernière donnée statistique importante : les salaires à Genève ne stagnent pas comme nous l’avons déjà entendu, mais ils diminuent : le salaire mensuel brut médian a diminué dans le canton ces dernières années ! Ces données sont enfin très proches de celles calculées aussi sur le plan fédéral et montrent la nécessité de continuer la lutte pour l’introduction du salaire minimum en Suisse le 18 mai prochain et de la gagner !

Car un salaire minimum à 4’000 francs est tout d’abord juste. C’est n’est en effet que justice que de réclamer une meilleure redistribution des richesses et une reconnexion entre productivité et salaires. Le PIB du pays a été de 603 milliards de francs pour l’année passée. La croissance économique a été évaluée pour 2013 à 11 milliards et les entreprises suisses ont versés 33,7 milliards de francs de dividendes aux actionnaires en 2013 ! Dans le canton de Genève aujourd’hui, l0 % des hauts salaires accaparent 30 % de la masse salariale, ne laissant que 10 % de celle-ci aux 30 % les moins payés. Ces inégalités engendrent des précarités et des exclusions tant sociales qu’économiques. Tandis que les uns dépensent sans compter et épargnent, les autres s’endettent ou sont contraints de recourir à l’aide sociale. « Répartition des richesses » ne doit pas rester un concept du passé camarades, et le salaire minimum à 4’000 francs sera un pas important dans cette direction !

Un salaire minimum est aussi nécessaire car il est indigne de vivre avec de tels salaires. Particulièrement à Genève, ville régulièrement en tête des différents classements des villes les plus chères du monde. Se loger, se payer une assurance maladie ou bien se nourrir devient difficile, ou carrément impossible avec des salaires à 4’000 francs !

Lutter pour des salaires dignes ne signifie pas faire du misérabilisme, mais plutôt dénoncer une attitude patronale inacceptable ! L’association patronale GastroSuisse, dont la section genevoise a son siège à quelques mètres d’ici, déclarait la semaine passée « payer les salaires que notre rentabilité nous permet de payer », alors qu’une étude de la société des hôteliers genevois a évalué à 1 milliard de francs le chiffre d’affaires annuel du secteur du tourisme dans le canton ! Ça suffit, il est nécessaire d’agir et il est nécessaire d’introduire un salaire minimum légal.

Ce salaire minimum est enfin possible, est c’est un autre aspect essentiel. Possible d’un point de vue macro-économique (les coûts d’adaptation sont évalués à 260 millions par année : pour la petite histoire, comme d’autres le rappelleront aujourd’hui, cela correspond environ au coût de 2 (deux !) Gripen) mais aussi possible au niveau micro. Le « petit patron de PME » qui remplit les pages de la presse nationale et locale pourra payer ces salaires, et non seulement parce que c’est juste et nécessaire mais aussi parce que c’est viable d’un point de vue économique. Les augmentations des coûts seront comme toujours amorties par une réorganisation du travail et de la gestion de l’entreprise, comme en cas d’augmentation des prix des matières premières ou des frais divers tels que loyer ou assurances. Ou alors ces augmentations seront répercutées sur les prix de vente ! Prix de vente que, par ailleurs, les client-e-s pourront se permettre de supporter, de par l’augmentation de leur pouvoir d’achat résultant de l’augmentation des salaires. Car avec ces quelque centaines de francs de plus chaque mois, les salarié-e-s du canton ne vont pas acheter de voiture de luxe, des yachts ou des avions de combat (!), ni même investir dans l’immobilier à l’autre bout du monde. Au contraire, cet argent sera réinjecté dans l’économie de proximité, donc dans ces mêmes secteurs qui verront leurs dépenses augmenter pour monter les salaires !

Chères et chers camarades, aujourd’hui nous allons manifester derrière la banderole unitaire « Salaire minimum à 4’000 francs : la vrai frontière contre les bas salaires ». Par ce slogan, nous souhaitons réagir et inscrire notre démarche dans les suites du vote favorable à l’initiative UDC dite « contre l’immigration de masse » : le dumping n’est pas de la responsabilité des travailleurs et des travailleuses immigré-e-s, et notamment des frontaliers, et les études le prouvent ! Ce sont les abus patronaux qui provoquent la sous-enchère salariale, car cela fait augmenter les bénéfices des patrons, tout simplement ! Une vraie frontière contre les bas salaires est donc encore plus une nécessité aujourd’hui, après les résultats du 9 février dernier, et pour cela nous allons manifester dans les rues de Genève avec des dizaines de ces pancartes !

Contre les bas salaires, chères et chers camarades, mais aussi contre l’arrogance des milieux économiques qui les imposent, car ceux qui nous expliquent qu’il est impossible de payer des salaires à 4’000 francs, qu’il suffit d’aller à l’aide sociale si cela n’est pas assez, ou qu’il suffit de travailler à deux pour compléter le revenu d’une famille, ce sont ceux-là même qui nous payent ces salaires de misère et qui touchent 4’000 francs par semaine ou même 4’000 francs par jour !

Contre le dumping salarial qui sévit à Genève, comme ailleurs dans le pays ! Comme à l’aéroport de Genève, par exemple, et j’en profite pour rendre hommage aux travailleurs grévistes de Gate Gourmet.

Pour un salaire minimum à 4’000 francs par mois, pour une plus grande répartition des richesses et une société plus juste, votons OUI le 18 mai prochain !

Giangiorgio Gargantini, secrétaire général adjoint