Comité d’organisation du 1er Mai

p.a. CGAS, Rue des Terreaux-du-Temple 6 - 1201 Genève - phone +41 22 731 84 30 fax +41 22 731 87 06

iban CH24 0900 0000 1775 3619 5

info@cgas.ch

discours de Françoise Ruchet (Actions unia - CGAS)

Bastions vers 16h30

jeudi 1er mai 2003 par Claude Reymond

Discours du 1er mai 2003 : syndicat actions unia, Françoise Ruchet

Mesdames, Messieurs,

Chers collègues et camarades,

« Les femmes au cœur des syndicats », voilà le mot d’ordre de l’USS en ce 1er mai 2003, un mot d’ordre pour que les qualités dites féminines d’écoute, de dialogue et de pragmatisme soient plus présentes dans une actualité internationale qui ne cesse de montrer cruauté et destruction.

En moyenne, les femmes représentent 22 % des syndiqués ; cela signifie que la majorité des femmes se retrouvent sans défense et souvent complètement ignorantes de leurs droits les plus élémentaires. Pourtant, l’on sait que les femmes sont les premières victimes de la précarité : femmes seules, cheffes de famille cantonnées à des emplois précaires car sans formation, femmes immigrées, travaillant dans les foyers de chez nous, au noir, pour offrir à leurs enfants restés au pays une vie meilleure que la leur.

L’égalité entre hommes et femmes, combat des suffragettes du 19ème, combat des féministes des années 60 et 70, n’a toujours pas été réalisée. Pourtant, en apparence, tout est parfait : nos filles grandissent en bénéficiant de la même instruction que nos fils, elles mènent leur vie de jeunes femmes sans la crainte de grossesse indésirée. Mais encore plus que les hommes, les femmes sont soumises aux diktats de notre société de consommation qui exigent la jeunesse, la minceur et la beauté, qui exigent de concilier l’inconciliable : bébé et carrière brillante, alors que les salaires féminins restent encore inférieurs de 20 à 30 % aux salaires masculins et que les places dans les crèches font cruellement défaut.

Oui, les femmes ont besoin des syndicats, mais oui aussi, les syndicats ont besoin des femmes pour mener des combats essentiels et fédérateurs : lutte contre les discriminations, lutte contre les précarités.

Faisons le pari, qu’au sein des syndicats, hommes et femmes solidaires sauront se battre ensemble pour faire émerger enfin des conditions de vie acceptables, respectables pour toutes et tous.

Pour cela, pas la peine de préparer le grand soir, gagnons des combats qui améliorent immédiatement notre vie quotidienne.

Par exemple, dans notre société, une des plus riches du monde, certains de nos enfants ne trouveront pas de place d’apprentissage cet automne. En effet, seules 15% des entreprises acceptent encore de s’impliquer dans la formation professionnelle des jeunes contre 23% en 1985. Bien sûr, le monde du travail s’est durci : on ne compte plus les situations de stress, de harcèlement dues à la nécessité de gagner toujours plus, toujours plus vite sous la pression des actions en bourse. On sait a contrario que former un jeune demande du temps, de la patience et de la disponibilité, tous éléments représentant un luxe inaccessible aujourd’hui.

Mais quelle envie donnons-nous à nos enfants de faire partie de cette société s’il n’y a pas de place pour eux ? Comment pourront-ils avoir envie de reprendre notre combat pour améliorer demain cette société si, aujourd’hui, à 16 ans, les portes des entreprises leur sont déjà fermées ? Allons-nous accepter de laisser s’instaurer une société à deux vitesses puisque, et chacun est d’accord là-dessus, les personnes sans formation restent les plus fragiles face au chômage et aux reconversions professionnelles que chacun, chacune doit opérer dans sa carrière.

Ce constat, les initiants de la Lipa, l’initiative pour des places d’apprentissage pour tous et toutes, l’ont fait et ont décidé de réagir. Dès les années 90, au plus fort de la crise de l’emploi, les places d’apprentissage manquaient cruellement. Des jeunes ont alors décidé de se battre et c’est le 18 mai prochain que nous allons pouvoir témoigner notre solidarité intergénérationnelle.

Cette initiative permettra d’inciter les entreprises à former des jeunes ou à subventionner la formation si elles ne forment pas directement. Cela est particulièrement important dans le secteur tertiaire, le moins organisé en terme de branche. En effet, la nouvelle loi sur la formation professionnelle ne fait que favoriser les organisations de branche par une contribution.

Notre économie doit pouvoir s’adapter très rapidement aux nouveaux métiers émergeant des nouvelles technologies. Nous devons garder notre richesse : à savoir une main d’œuvre qualifiée, disposant de savoir et de savoir-faire très pointus grâce à la qualité de notre formation duale.

Mesdames, Messieurs, chers collègues et camarades, en ces temps de guerre, les jeunes nous ont montré qu’ils étaient capables de se mobiliser pour la paix, montrons-leur que nous sommes prêts à nous mobiliser pour leur donner la possibilité d’entrer dans le monde des adultes avec la fierté d’avoir quelque chose à y apporter : un métier intéressant. Votons oui à l’initiative pour les places d’apprentissage.