Comité d’organisation du 1er Mai

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discours de Fernanda Igreja (Syna et CGAS)

mardi 1er mai 2001 par Claude Reymond

Fernanda Igreja – jeune travailleuse – CGAS- Discours 1er mai 2001

L’injustice te travaille, syndique-toi aussi
Premier mai 2001. Zéro un, zéro cinq, zéro un. Comme un premier premier mai. C’est peut-être pour ça, finalement, que nous avons décidé de consacrer ce premier mai du millénaire aux jeunes. Avec comme thème central : l’injustice. Voilà un sujet bien choisi. Un sujet qui gagne du terrain, jour après jour. Il suffit de faire une petite revue de presse de l’année dernière pour voir l’ampleur des dégâts. De plus en plus d’injustice, ici et partout. L’Etat ne veut plus jouer son rôle social, il démissionne devant la finance. La finance qui devrait soi-disant assurer la bonne marche d’une société, en procurant du travail. Mais aujourd’hui la finance veut de l’"hyperprofit", celui qui tue tous les "petits" : les petits épargnants qu’on étouffe de taxes dont on exonère les "gros", les petits consommateurs qu’on engraisse d’OGM et de vache folle, et enfin les petits travailleurs qu’on finit tout de même par "dégraisser", mais avec le bistouri des plans sociaux.

Est-ce que toute cette injustice me travaille ? Non, elle m’écœure. J’en ai marre. Marre d’entendre que ce modèle de société est le seul qui tienne la route. Marre d’être prise pour une imbécile. Combien de temps faudra-t-il le crier : l’argent est au service de l’homme, pas l’inverse. Pourquoi n’est-on pas capable, simplement, de répartir nos richesses ? Equitablement ! Pourquoi l’égoïsme devrait-il triompher ? Toujours ! Alors j’essaie de trouver un moyen. Un moyen pour inverser cette vapeur idiote qui veut tous nous ébouillanter. Je cherche un moyen de remettre l’homme au-dessus de l’argent. Comment faire ? C’est simple : il faut inverser la machine. A l’égoïsme du profit, il faut répondre par la solidarité des travailleurs. Et cette solidarité porte un nom, ce sont les syndicats.

Le problème, c’est que les syndicats se sont endormis. Ils se sont battus, oui, il y a très longtemps. Mais maintenant ça fait des années qu’ils se reposent, assis dans leurs permanences à nous remplir les impôts ou à négocier sans nous dans des commissions qui n’avancent pas. Les syndicats ont oublié, nous avons oublié, qu’il faut aller se battre là où les gens sont dans la mouise. Mais peut-être que ça bouge enfin un peu. Moi, le syndicat, je l’ai vu débarquer là où je travaille l’année dernière pour nous aider. Carrément là, sur place, à participer aux réunions, à nous écouter, à prendre les choses en mains, à nous aider vraiment dans les problèmes qu’on rencontrait. Et on a trouvé des solutions. Tous les problèmes ne se sont pas envolés, mais c’était la première fois qu’on travaillait efficacement pour les résoudre.

Alors dans ma tête, il y a eu comme un déclic : les syndicats devaient reprendre contact avec les travailleurs, retrouver leur rôle, leur raison d’être. On n’a peut-être jamais eu autant besoin d’eux qu’aujourd’hui. Quand les syndicats se sont créés, c’était pour obtenir des choses, tout était à faire, à gagner. Aujourd’hui, ces choses disparaissent les unes après les autres : les retraites reculent, le chômage augmente, la vie se fragilise. Et c’est maintenant que tout va mal qu’on diminue en plus les protections sociales. Et puis il reste tant à faire : la Suisse n’a aucune protection contre le licenciement, par exemple. Peut-être que ça n’était pas très important à la période du pleine emploi, mais aujourd’hui ça devient crucial.

Pour obtenir tout ça, il faut donc que les syndicats se réveillent, mais il faut aussi qu’ils aient la force nécessaire pour se réveiller, et cette force c’est nous, les syndiqués. Quand je suis venue au syndicat, on m’a dit : "tu sais, les syndicats ont été créés pour un grand projet, ils veulent changer le monde." Ça tombait bien, moi aussi je veux changer le monde. Seulement le monde ne changera pas sans les hommes. C’est d’ailleurs aussi pour ça que le monde ne peut pas rester ce qu’il est. Le monde se fait avec les hommes. Le monde de demain se fera avec les jeunes. L’injustice nous travaille. L’injustice me travaille. Et je travaillerai pour la combattre, pour la tuer, avec l’outil qui existe pour ça et qui m’appartient, comme à tous ceux qui en ont besoin : les syndicats. Je me suis syndiquée pour changer le monde. Mon petit monde à moi a déjà changé. Et si on faisait ça à plus grande échelle ?