Comité d’organisation du 1er Mai

p.a. CGAS, Rue des Terreaux-du-Temple 6 - 1201 Genève - phone +41 22 731 84 30 fax +41 22 731 87 06

iban CH24 0900 0000 1775 3619 5

info@cgas.ch

discours de Carole-Anne KAST (PS)

près du Monument des Brigadistes à 11h

mardi 1er mai 2001 par Claude Reymond

(L’injustice te travaille, syndique-toi)

Carole-Anne KAST – Parti socialiste genevois – 1er mai 2001

Tous ensemble, nous nous retrouvons ce 1er mai en face de deux monuments dédiés au souvenir d’événements qui se sont déroulés dans les années 30. Je suis née en 1974, j’ai 26 ans, je ne les ai évidemment pas vécu et personne ne me les a raconté. Mais, ces monuments ne manquent pas de susciter en moi des émotions fortes :
1932 : treize manifestants sont tués par l’armée pour avoir protesté pacifiquement contre l’extrême droite !
1936 : ces trois Suissesses - parmi d’autres - partent lutter en Espagne pour sauver une République naissante !
A cette époque, en Suisse, on pouvait payer de sa vie son engagement militant. A cette époque, un chômeur de Liverpool pouvait se sentir une communauté de destin avec un paysan espagnol au seul cri de : « No pasaran ! ».

Des années ont passé et, en Suisse du moins, on ne meurt plus à cause de ses engagements politiques. Aujourd’hui, un putsch de généraux fascistes ne semble plus pouvoir survenir dans l’Union Européenne.
On pourrait donc croire que ces progrès indéniables inciteraient les citoyens à lutter pour leurs droits : L’histoire nous a montré que ces combats pouvaient porter leurs fruits et la liberté d’expression est devenue un droit fondamental et incontesté. Pourtant, on constate tous les jours que les manifestations ne semblent plus avoir un impact déterminant.
Pour certains cette démobilisation est la conséquence de l’amélioration de la société. Elle signifierait que les obstacles que nos grands-parents ont combattus ont disparu et, avec eux, la nécessité de l’engagement... Et si, en fait, l’oppression n’avait fait que changer de visage ?

En Suisse, de brutale et grossière, la domination exercée sur les travailleurs est devenue subtile et insidieuse. Des institutions, qui ont acquis au cours du temps une grande légitimité, montrent qu’elles peuvent être utilisées contre l’intérêt du plus grand nombre. A l’origine progressistes, elles permettent aujourd’hui la reproduction d’un système inégalitaire et des situations manifestement injustes :
Par exemple, le respect de la sacro-sainte paix du travail a privé notre toute nouvelle Constitution d’une complète reconnaissance du droit de grève, principal outil de défense des travailleurs.
La domination par la bourgeoisie du système de démocratie directe, conjugué à une presse soumise aux intérêts patronaux, prive toujours les femmes d’une véritable assurance-maternité au niveau fédéral et, aujourd’hui, un parti gouvernemental cherche a faire échouer la réforme du droit de l’avortement, pourtant reconnu inadéquat et désuet depuis une trentaine d’années.
En outre, le combat pour la liberté d’expression, pour une presse indépendante et critique, reste d’une actualité criante, à Genève comme ailleurs ! Au point qu’on puisse se demander si un jour prochain, nous ne nous réunirons pas autour d’une pierre consacrée aux victimes de la répression policière à Davos.
Sans oublier qu’ailleurs l’oppression existe toujours dans sa forme la plus violente : la majorité de la population mondiale vit sous des régimes totalitaires où on méprise les faibles, où des puissances financières et armées écrasent les peuples, où les pouvoirs économiques détruisent la planète sans le moindre scrupule, où les rapports sociaux sont dominé par la haine de l’Autre, de la différence.

L’idéologie néolibérale triomphe, elle installe une sorte de fatalisme au cœur des mentalités. Implacable, sa logique fait croire qu’elle dépasse le pouvoir politique et démocratique ; elle propage l’idée d’une sorte d’évolution générale, étendue à l’échelle mondiale, contre laquelle la citoyenne ou le citoyen n’aurait aucune emprise.
Pourtant, les décisions qui nous touchent tous ne nous sont pas imposées par l’évolution soit disant « naturelle » du monde ; au contraire, elles sont réfléchies, prises pour répondre à des intérêts bien précis. Même si les sphères décisionnelles ne nous semblent plus aujourd’hui localisées dans des lieux qui seraient à notre portée, il est indéniable que le pouvoir politique reste le seul légitimé par la représentation démocratique.
Le capitalisme marchand veut nous faire croire que notre identité propre nous sépare de notre voisin et que les vertus individuelles doivent primer les valeurs collectives. Pourtant, dans une communauté de destin, ce voisin, cette voisine, qui nous paraît si différent, reste très semblable à nous même : cette personne est salariée, elle dépend de son travail et, lorsqu’elle est une femme, elle est moins payée que son homologue masculin...

Même si en Suisse, il nous semble vivre sur un îlot protégé et privilégié, les attaques contre la justice sociale existent et n’en sont que plus pernicieuses. Le bradage systématique et organisé du service public représente une remise en cause des acquis sociaux pour lesquels les citoyennes et les citoyens s’étaient battus dans les années 30. La résistance à ce démantèlement nécessite une prise de conscience de chacun : cette attaque est directement dirigée contre nos droits, contre notre qualité même de citoyen : elle tente de nous transformer en clients dociles.

Il faut aujourd’hui reconstruire et renforcer la solidarité, tant au niveau local que mondial. Il faut reprendre le cri des résistants espagnols qui, durant ces années 30, se battirent parce qu’ils ne voulaient pas d’un monde fasciste. Il faut combattre tout ce qui empêche la démocratie citoyenne aujourd’hui : il faut combattre partout la haine raciale, la domination économique, l’exploitation de quelques privilégiés sur des peuples entiers, toutes les formes d’élitisme et de discrimination, le mépris des faibles, la mise de côté des indésirables et l’indifférence de ceux qui sont pourtant les mieux informés.
Il est urgent et nécessaire de réaffirmer et d’actualiser les valeurs qui ont porté les plus belles espérances de justice sociale durant les derniers temps de notre histoire. Ces valeurs ne sont pas dépassées. Porto Alegre, nous a montré qu’elles pouvaient être une réalité. Il est donc fondamental que vivent les syndicats, les partis, les associations, les personnes qui veulent défiler pour les causes qu’elles défendent, sans casque et sans que résonnent des bruits de bottes.

Aujourd’hui plus que jamais, la résistance à l’oppression capitaliste doit devenir une réalité quotidienne, il est donc nécessaire de stopper cette déferlante et d’oser crier aux maîtres du néolibéralisme : « No pasaran ! ».