Comité d’organisation du 1er Mai

p.a. CGAS, Rue des Terreaux-du-Temple 6 - 1201 Genève - phone +41 22 731 84 30 fax +41 22 731 87 06

iban CH24 0900 0000 1775 3619 5

info@cgas.ch

discours de Vasco Pedrina - SIB

aux Bastions vers 17h

mercredi 1er mai 2002 par Claude Reymond

Genève, 1er mai 2002

Là où les syndicats sont forts, tous les salarié(e)s se portent mieux !

Discours du 1er mai de Vasco Pedrina, président central du SIB et vice-président de l’USS

Le monde d’aujourd’hui, dominé par les gourous du néolibéralisme et de la globalisation, a perdu le sens de la mesure. Les appétits de privatisation et de globalisation sont démesurés, comme l’est aussi la cupidité des managers et des grands patrons. La démesure gagne surtout les élites, habiles à imposer leurs intérêts dans la sphère économique et politique.

Cette démesure conduit à des catastrophes, dont la plus flagrante est la nouvelle guerre impérialiste contre le terrorisme, même si les froids calculs de la politique se drapent de beaux prétextes idéologiques. Or cet interventionnisme musclé n’apportera aucune solution, ni au terrorisme, ni aux problèmes sociaux. Le drame que subit actuellement le peuple palestinien en est un exemple choquant, qui appelle à la résistance.

Même en temps de paix, la démesure néolibérale précipite des nations entières dans la misère. Le dernier exemple – terrible - nous vient de l’Argentine, qui fut longtemps un pays riche. La démesure néolibérale s’affiche aussi tous les jours dans les pays riches du Nord. De très grands groupes, comme Enron aux Etats-Unis, ou Swissair chez nous, déposent leur bilan. Or ces catastrophes ne sont pas le fruit du hasard. En effet, des modèles économiques et des individus en sont à l’origine – le nom et l’adresse des responsables sont bien connus. Mais à la différence des ex-employés de Swissair, qui ont vu leurs conditions de travail se détériorer et sont au chômage ou ont perdu leurs économies mises de côté pour leurs vieux jours, les managers et les membres des conseils d’administration s’en sortent presque indemnes, voire même se remplissent plein les poches.

Le modèle à l’origine de ces désastres, nous le connaissons : c’est la politique économique du anything goes, le néolibéralisme. Son idée maîtresse veut que toute la société soit gagnante quand les entreprises ont les mains libres pour maximiser leurs profits. Or cette idée est un prétexte mensonger pour masquer la rapacité des grands groupes et de leurs dirigeants. Si un grand chef de banque, comme Marcel Ospel, à la tête d’une UBS impliquée jusqu’au cou dans le scandale Enron, dont le management a roulé dans la farine des milliers de petits actionnaires et, par sa politique spéculative, jeté à la rue des dizaines de milliers d’employés, si un tel Ospel encaisse 12.5 Mio. de salaire, à savoir plus de 30’000 Fr. même chaque jour férié, sans que personne publiquement rechigne, cela n’est qu’une obscénité révoltante, qu’il faut dénoncer avec force.

La débâcle de Swissair n’est qu’un cas parmi d’autres d’entreprises, qui doivent leur déroute à des experts et des managers grassement payés, qui disposent des salariés et de la fortune commerciale comme des enfants jouant au Monopoly. Des individus comme Ebner, Bruggisser, Corti ou Barnevik semblent tout ignorer des responsabilités sociales. Ils ne s’intéressent qu’à l’évolution des cours de leur propre portefeuille d’actions. Et ces Messieurs, riches à millions, ont le culot de critiquer sans vergogne les normes sociales, les dispositifs légaux de régulation du marché ou la protection offerte aux travailleurs par les conventions collectives de travail, pour les éliminer au nom du « bon ordre » libéral.

L’accentuation dramatique des contrastes économiques trouve aussi son équivalent dans la sphère politique. Les catastrophes du neo-libéralisme laissent leurs traces : l’Europe risque d’être emportée aux enfers par une réaction horrible : la réaction des néo-conservateurs et des néofascistes, qui exploitent sans scrupules les contradictions de la soi-disante modernisation capitaliste et les injustices et misères qu’elle génère. La gauche politique au pouvoir n’est pas sans responsabilités dans la montée des Le Pen, Haider, Bossi, Fini, Schill et autres « Führer » d’extrême-droite et dans la percée de leur politique anti-sociale, raciste et xénophobe. Et les sectarismes au sein de la gauche non plus ! Mais il n’y a pas à désespérer. Le mouvement syndical italien vient de montrer de manière impressionnante la voie de sortie à cette impasse : c’est celle de la combativité, de la mobilisation autour d’un projet qui allie solidarité, justice sociale et droits démocratiques.

Aussi en Suisse la droite extrême avance. L’UDC la plus réactionnaire progresse sans cesse et pousse à droite tout le spectre politique. Le Parlement fédéral se montre de plus en plus l’exécutant servile des grands patrons qui luttent contre les normes sociales et la régulation du marché, alors même que la liste des échecs, en matière de dérégulation et de privatisation s’allonge presque chaque jour. Ainsi, le Parlement n’a pas craint de fragiliser la desserte électrique de base, bien que la libéralisation complète du marché de l’énergie en Californie ait notoirement abouti à de longues pannes et au renchérissement spectaculaire du courant. Il a adopté une loi sur le marché de l’électricité, dont l’introduction va sans doute enrichir quelques groupes du secteur de l’énergie et aussi des spéculateurs. Mais l’électricité risque bien à l’avenir de nous coûter nettement plus cher, et la sécurité de l’approvisionnement sera menacée. C’est pourquoi, par une grande campagne, nous devons enterrer cette loi en votation populaire !

Qu’a donc fait le Parlement dans les débats sur la 11e révision de l’AVS ? A-t-il tenu sa promesse remontant à la 10e révision de l’AVS : le relèvement de l’âge de la retraite des femmes devait avoir pour contrepartie des retraites à la carte pour toutes et tous ? Une telle flexibilisation va bien être introduite, mais seuls celles et ceux qui auront suffisamment d’argent pour ne pas dépendre de l’AVS dans leurs vieux jours en profiteront. Quant aux autres, la réduction permanente à vie de la rente sera trop sévère pour qu’ils puissent envisager une préretraite. Nous ne pouvons pas laisser passer une telle injustice !

La révision de la loi sur l’assurance-chômage qui vient d’être décidée va dans le même sens. Là aussi, il est question de réduire les prestations versées aux chômeurs/euses, tandis que les riches et les super riches ne cotiseraient plus, pour l’assurance-chômage, que sur une partie de leurs revenus exorbitants. C’est un affront, c’est une provocation !

Nous devons opposer à cette alliance antisociale et funeste du patronat et de ses serviteurs au Parlement une force sociale solide et déterminée, orientée vers l’être humain et ses besoins. Le levier de cette force n’est autre que le mouvement syndical. Seuls les syndicats ont permis, à ce jour, de déjouer les plus sombres manœuvres politiques dirigées contre le réseau social. Et c’est grâce aux syndicats que les salarié(e)s bénéficient d’acquis sociaux et d’améliorations par la voie des conventions collectives de travail.

Dès cet été, nous devrons déployer nos forces pour donner, au cours de la campagne précédant la votation sur la loi sur le marché de l’électricité, un signal clair en faveur du service public et contre les fanatiques de la privatisation à la recherche de leur propre profit. Et cet automne, nous devrons nous mobiliser à nouveau pour empêcher un grave démantèlement des prestations et l’octroi de cadeaux aux nantis, dans le cadre de la révision de la loi sur l’assurance-chômage. Nous avions déjà démontré que nous étions en mesure de protéger nos acquis sociaux, lors des votations populaires de 1996 et 1997. Nous avions clairement gagné à l’époque, et cette année encore nous voulons remporter une double victoire, afin de remettre à leur place les adeptes des privatisations et du démantèlement social et d’instaurer, contrairement à leurs vœux, une Suisse sociale et ouverte. A cet effet, nous devons nous engager avec toutes nos forces syndicales.

Nous pouvons au mieux déployer notre force sur notre terrain privilégié, soit sur les lieux de travail et au niveau des conventions collectives de travail. Les travailleurs fortement syndiqués de la construction l’ont récemment prouvé par une longue lutte en remportant une victoire historique : la retraite à 60 ans ! Et la campagne « Pas de salaires en dessous de 3 000 francs » a remporté un franc succès dans de nombreuses branches. Les syndicats genevois, de leur côté, ont obtenu d’importants résultats grâce à leur politique unitaire sous la bannière de la CGAS (Communauté genevoise d’action syndicale) : mobilisations dans la construction, l’hôtellerie et la restauration, au CERN, dans les écoles privées, dans les transports publics, le trafic aérien et la vente, pour ne citer que quelques exemples. Les syndicats genevois sont donc en bonne position pour repousser les menées de la droite locale dirigées contre les chômeurs et les personnes vivant en marge de la société, et aussi pour tenir tête au Grand Conseil, à dominante bourgeoise, sur le plan de la politique sociale et de l’emploi.

Une chose est sûre désormais : un travail syndical systématique, sur le terrain, permet non seulement d’accroître la pression sur les employeurs, mais aussi de gagner les sympathies d’un large public. Ces succès nous incitent à concentrer notre travail sur les tâches syndicales essentielles. Simultanément, nous redevenons des organisations puissantes, capables d’imposer les intérêts de nos membres en recourant, lorsqu’il le faut, à la grève et à des mesures du même ordre. Le SIB l’a montré de manière exemplaire lors du récent débrayage sur le chantier Alptransit de Ferden. Les collègues SEV des TPG aussi. A Ferden, nous avons obtenu une percée en matière de droits syndicaux, en suivant à la lettre le mot d’ordre de ce 1er mai.

Seule une présence syndicale nettement plus forte sur les lieux de travail, jointe à la volonté de lutter, nous permettront d’obtenir en Suisse de réelles améliorations pour les personnes forcées de trimer : de meilleurs salaires, un abaissement de l’âge de la retraite, des horaires de travail réduits, une meilleure protection en cas de licenciement, la légalisation des « sans papiers » et, de manière générale, davantage de droits syndicaux sur les lieux de travail.

Pour cela et pour répondre aux défis de la globalisation, le mouvement syndical doit se réformer radicalement et se dynamiser. C’est dans ce but que les syndicats FTMH et SIB ont commencé la construction du nouveau syndicat interprofessionnel, le syndicat pour tous et toutes. Ce nouveau syndicat couvrira pour commencer presque toutes les branches du secteur privé. Et tant par sa taille que par sa force de mobilisation, notre objectif est qu’il accroisse considérablement la force de lutte de tout le mouvement syndical, afin d’imposer un jour le changement de cap nécessaire pour une Suisse sociale et solidaire avec le monde.

La lutte paie ! Là où les syndicats sont forts, les individus se portent mieux. Or la force des syndicats, ce sont leurs membres et leur capacité à se mobiliser. D’où notre recommandation finale à tous les indécis, en ce jour de 1er Mai : ne faites pas le poing dans la poche ! Devenez membres et aidez les syndicats à faire en sorte que les valeurs de justice sociale, d’emancipation, d’égalité entre Suisses et immigré-e-s, de solidarité, de véritable paix et de démocratie prennent à nouveau le dessus. En Suisse, comme en Europe et dans le monde entier. Vive le 1er mai, vive le syndicalisme, vive la solidarité internationale !