Comité d’organisation du 1er Mai

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Discours de Micheline Calmy-Rey

mercredi 1er mai 1996 par Claude Reymond

Travailleurs, travailleuses, camarades, chers amis,

L’usage veut que l’on termine les discours du 1er mai par les mots "travailleurs, travailleuses, tous unis nous sommes forts". C’est par ces mots que j’aimerais commencer mon allocution, pour saluer
L’union de l’ensemble du mouvement syndical et de toutes les forces de gauche dans cette commémoration genevoise du 1er mai.

C’est cet esprit de solidarité qui nous permet de rejoindre dans leurs préoccupations et leurs luttes les travailleurs et les travailleuses des autres pays du monde. L’humanité a passé le cap des 5 milliards d’êtres humains, dont environ 1 milliard vivent dans des conditions précaires, sans abris, sans assurance de survie pour le lendemain.

La place financière suisse est co-responsable de la crise d’endettement du tiers-monde, d’une part, les banques ont accorde des crédits pour des projets insensés ne servant qu’au prestige des hommes de pouvoir, d’autre part, la Suisse participe sans vergogne au pillage des pays en voie de développement, en accueillant dans ses banques l’argent détourné par les dictateurs, des milliards voles a leur propre peuple, mais aussi l’argent sale provenant du recyclage de bénéfices d’opérations liées au trafic de la drogue et au commerce de matériel militaire.

La place financière suisse est le lieu privilégié ou l’on peut sans autre blanchir l’argent vole aux plus pauvres de ce monde.

Nous, nous voulons une Suisse différente, une Suisse dont la neutralité servirait à l’entente entre les peuples, une Suisse ouverte, solidaire et accueillante à l’égard de ceux qui cherchent refuge dans notre pays contre la persécution ou la misère.

Travailleurs, travailleuses, camarades, chers amis, l’action du mouvement ouvrier s’est toujours déployée dans la même direction, celle d’une société plus juste, plus équitable, plus solidaire, celle d’une démocratie économique autant que politique, ou les Intéressés ne seraient plus dépouilles du droit de décider de leurs propres conditions d’existence et de la qualité de leur vie. Or, la démocratie que nous connaissons ressemble par trop a une démocratie de classe : 1 / 3 des habitants de notre canton, sont privés de tous droits politiques, parce qu’étrangers. Nos prédécesseurs, nos contemporains des pays en voie de développement luttent surtout pour avoir leur mot à dire. Pour leur liberté et pour leur dignité.

Nous aussi.

Le 4 juin prochain, les électeurs devront se prononcer pour ou contre le projet de loi sur la fonction publique. Le principe de la liberté de négocier des conditions de travail entre employeur et organisations syndicales est purement et simplement nié par ce projet de loi.

Au - delà des salariés de la fonction publique cantonale, c’est le syndicalisme dans son ensemble et tous les travailleurs du canton qui sont attaqués. L’acceptation de ce projet renforcerait le pouvoir des milieux patronaux dans toutes les sphères de la vie sociale et publique, ce qui n’est évidemment pas dans l’intérêt de la démocratie, ni des plus mal lotis.

D’ailleurs les patrons ne font pas mystère de leurs intentions au cas ou ils gagneraient cette votation populaire : ouvrir la porte a une déréglementation des conditions de travail dans le secteur public, introduire le salaire du mérite, augmenter les traitements des hauts cadres mais bloquer tous les bas salaires, voila leur conception de la liberté, de la dignité et de la justice sociale.

Les fonctionnaires ne sont pas des travailleurs a part et nous sommes tous visés par cette stratégie de déréglementation, l’apparence de la liberté, le patronat tente de dresser les travailleurs les uns contre les autres en faisant croire que les salariés du secteur public sont une caste de privilégiés. Les salariés du secteur public sont au service de la population et de l’Etat, ils ne demandent qu’à continuer à travailler de la même manière, efficacement, et pour cela un nouvel article constitutionnel n’est pas nécessaire.

Travailleurs, travailleuses, rien n’est jamais acquis. Nous vivons une époque ou les travailleurs de notre canton, les travailleurs les plus défavorisés, les travailleurs étrangers, les saisonniers, les femmes sont dans une situation précaire. Même le droit fondamental a l’égalité de traitement entre hommes et femmes sert prioritairement au démantèlement des acquis sociaux. Ainsi, les difficultés des femmes à concilier l’activité professionnelle et les obligations familiales sont présentées comme des problèmes d’ordre personnel qui ne peuvent être résolus que par des solutions individuelles.

L’hypocrisie de notre société dépasse toutes les bornes à l’égard des femmes. La question de l’avortement n’est toujours pas résolue, on veut leur imposer le travail de nuit, l’assurance maternité et le congé maternité ont été balayés. Quant a l’AVS, le Conseil fédéral en échange de quelques replâtrages dans l’égalité entre hommes et femmes, nous propose d’augmenter l’âge AVS des femmes à 63 ans, dans le but avoue d’atteindre l’égalité a 65 ans pour tout le monde.

Il est des combats qui sont durs à mener car, tout de même, on pouvait croire qu’on les avait dépassés. On pouvait croire par exemple que dans un canton a l’opulence aussi voyante que le nôtre, tous et toutes puissent se loger.

Mais aujourd’hui a Genève, la situation sur le marché du logement ne s’améliore pas, elle empire. Ceux qui cherchent un logement à un prix abordable savent qu’on ne trouve rien, même les logements HLM mis en location sont chers. Si chers que ceux qui les ont construits de leurs mains ne peuvent espérer y accéder.

Aujourd’hui à Genève, le marché du logement est asséché, il y a pénurie grave de logements, pénurie utilisée sans vergogne par sous certains pour gagner de l’argent. Les immeubles passent de mains en mains, ils sont achetés et vendus chaque foi plus chers mais qu’a cela ne tienne, les prix d’achat surfaits sont financés par les locataires atteignent des logement. Bien des bailleurs tentent de vider les locataires en place pour en introduire de nouveaux a qui il est facile de faire accepter des hausses de loyer exorbitantes.

Des centaines de locataires reçoivent des congés qui sont donnés dans des buts purement spéculatifs. Des spéculateurs sans scrupule organisent la pénurie. Ils vident les logements pour faire encore plus d’argent. Les jeunes, ceux qui fondent un foyer, les familles nombreuses, les personnes âgées, les handicapés, les personnes seules avec enfants, les saisonniers et de manière générale, les personnes à revenus faibles ou moyens sont gravement touchées.

La crise du logement accentue les inégalités économiques et sociales. C’est scandaleux et inadmissible.

Mais la spéculation immobilière empoisonne aussi l’économie. Certaines entreprises font l’objet de raids financiers dans le seul but de s’approprier la plus-value de leur patrimoine immobilier. Des industries importantes sont incitées a liquider leurs activités pour permettre a une poignée de nantis de vendre leurs terrains à des prix fabuleux, c’est scandaleux et inadmissible.

Enfin, la spéculation dégrade la qualité de notre vie, en favorisant la construction de locaux administratifs au détriment du logement, en réduisant la qualité des logements, en favorisant l’entassement plus grand nombre de locaux sur la plus petite surface possible, sans égard pour les équipements collectifs et les espaces verts.

La crise du logement, les méfaits de la spéculation prouvent que la lutte pour la justice sociale, la lutte pour la liberté et la dignité est aussi la lutte l’environnement. Le manque de logements, la dégradation de la qualité du milieu naturel, la perte d’espaces verts affectent d’autant plus durement que l’on est moins privilégié, ils frappent d’abord les habitants des quartiers populaires.

Le 1er mai est l’occasion de dire avec force la nécessité d’une solidarité renouvelée de toutes les catégories de travailleurs et de travailleuses.

Les banques et les partis de droite sont d’accord : les unes financent les pires spéculations foncières, les autres s’opposent au maintien et au développement du logement social. Ils cherchent même à démanteler le contrôle des prix des terrains alors qu’il s’agit du seul moyen pour construire des logements bon marche.

Nous, travailleurs et travailleuses, nous réaffirmons qu’il ne saurait y avoir de justice sociale sans sécurité du logement et sans un véritable droit au logement. Nous continuerons a nous battre pour mettre fin a la spéculation foncière et pour que des logements bon marche soient construits en suffisance.

Vive les travailleurs, vive la liberté, vive la solidarité, vive le 1er mai .

1er mai 1989.

Micheline Calmy-Rey, présidente du parti socialiste genevois.

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