Comité d’organisation du 1er Mai

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Discours de 15h30 à la place Longemalle

René Simon Meyer

lundi 1er mai 2006 par Claude Reymond

membre de l’Assocation de personnel de la Confédération et membre du Comité CGAS

C’est la 116e année que le 1er mai est célébré.

Cette journée de revendications et de luttes s’est déroulé pour la première fois en 1890.
Cette date avait été fixée pour commémorer les évènements tragiques qui ont surgi à Chicago dans les jours qui suivirent le 1er mai 1886, début d’une grande grève pour obtenir la journée de travail de 8 heures. Après une charge de la police contre un piquet de grève qui avait fait plusieurs mort, le 4 mai 1886, une bombe a été lancée contre la police. Les policiers survivants, aidés par d’autres arrivés en renfort, ouvrirent un feu nourri sur la foule. Le massacre fut épouvantable !

Dans une parodie de procès, cinq leaders anarchistes furent condamnés à mort par pendaison et trois à la prison à perpétuité. Un des cinq se suicida avant et les quatre furent pendus.

4 des cinq condamnés étaient nés en Allemagne. Dans les syndicats et les organisations ouvrières d’alors, les travailleuses et travailleurs se regroupaient le plus souvent en fonction de leur pays d’origine. Ces organisations éditaient aussi des journaux en allemand, yiddish, italien, etc. à côté des périodiques en anglais. Le mouvement ouvrier était internationaliste et universel dès son origine !

120 ans après les tragiques évènements de Chicago, il nous faut rappeler ici en Suisse que cette journée de lutte universelle marque non seulement la solidarité internationale entre les peuples, mais la solidarité entre nous, quelles que soient nos origines, notre statut, notre sexe, notre santé ou notre âge ! Plus que jamais, nous devons resserrer nos rangs pour lutter contre l’exclusion et la xénophobie.

Il y a plus de 100 ans aussi, en 1900 exactement, que Carl Alfred Schmid utilisa pour la première fois le terme « Ueberfremdung ». En 1912, il écrit : « le pays aura disparu en l’an 2000 et sera devenu une simple colonie allemande s’il ne réagit pas à l’Ueberfremdung ».

La volonté de réglementer et de limiter le séjour des étrangers en Suisse était motivée tour à tour par la crainte de l’enjuivement de la Suisse, par, je cite, « la plaie tsigane [1] » et par le combat contre le bolchévisme. C’est dans ce contexte là, que la loi sur le séjour et l’établissement des étrangers de 1931 a été adoptée. Cette politique de séjour discriminatoire va se poursuivre.

En mars 1938, les autorités suisses se font pressantes auprès du régime hitlérien afin que soit apposé le tampon « J » sur les passeports des juifs. La seconde Guerre mondiale éclate et les plus menacés par les nazis essaieront de trouver refuge en Suisse. Mais très vite, les autorités suisses décident que la barque est pleine, politique qui conduira des milliers de Juifs et de Tsiganes dans les camps d’extermination. A la fin de la guerre, la Suisse s’empressera de faire partir ceux qui avaient trouvé refuge dans notre pays.

Vinrent les années 70 et les initiatives xénophobes. Le 7 juin 1970, la première initiative Schwarzenbach n’a été rejetée que de justesse. Son acceptation aurait conduit au renvoi de 300’000 immigrés.

Pas moins de dix initiatives destinées à réduire l’immigration ont été lancées depuis 1964. Le peuple en a rejeté six, toutes dénonçant la « surpopulation étrangère ». La première a été retirée, trois n’ont pas abouti.

Dans les années 1990, l’aile blochérienne de l’UDC deviendra l’héritière des formations populistes et xénophobes des années 70. Nous y retrouverons Ulrich Schluer, autrefois proche collaborateur de Schwarzenbach. Ils auront dans leur collimateur les requérants d’asile et les ressortissants des Balkans. A la différence de leurs ancêtres de la droite populiste, l’UDC est, ne l’oublions pas, un parti gouvernemental.

En novembre 2002, après une campagne de l’UDC de la pire espèce, stigmatisant les requérants comme étant des criminels, le peuple rejette de justesse l’initiative de l’UDC contre « les abus dans le droit d’asile ». 4205 voix séparent alors les « non » des « oui ». A l’exception de l’UDC et des Démocrates suisses, tous les partis s’étaient prononcés contre cette initiative. Le Parlement n’avait même pas proposé de contre-projet.

La révision du droit d’asile contre laquelle nous tous avons lancé le référendum est un durcissement encore plus grave et plus préoccupant. Elle va à l’encontre des principes fondamentaux des droits de l’homme.

Une des mesures les plus scandaleuses est d’exclure d’office de la procédure d’asile toute personne ne pouvant présenter ses papiers d’identité dans les 48 heures après son arrivée. La durée possible de détention pour le renvoi, sans la moindre infraction, a été prolongée à deux ans.
Les requérants déboutés, ou dont l’admission provisoire a été levée, ne pourront plus bénéficier de l’aide sociale. Cette mesure est particulièrement inhumaine, si l’on songe qu’elle s’appliquerait aussi à des personnes qui séjournent en Suisse de manière parfaitement légale depuis plusieurs années, à des familles, à des enfants scolarisés dans nos écoles, à des femmes enceintes, à des personnes âgées ou malades.

Ce projet de révision n’a pu être adopté par le Parlement que grâce au revirement des partis Radical et Démocrate-Chrétien qui s’était opposés à l’initiative UDC quelques années avant.
La révision de la Loi sur les étrangers est tout aussi inquiétante. Il devient pratiquement impossible pour des ressortissants hors UE et AELE de s’établir en Suisse à moins qu’il s’agisse de spécialistes et de main-d’œuvre particulièrement qualifiée.
Les points les plus choquants sont la réduction du droit au regroupement familial et à l’autorisation d’établissement après dix ans de séjour en Suisse. Tout mariage avec un ressortissant hors UE peut être refusé par l’état civil sous prétexte qu’il s’agit d’un mariage blanc. En cas de séparation, le conjoint étranger peut être expulsé. Il est particulièrement choquant que la victime de violence conjugale qui quitte son mari puisse être expulsée.
La Suisse ne retombe-t-elle pas dans sa politique envers les étrangers que l’on qualifie de racisme d’Etat ? Ne va-t-elle pas simplement grossir les rangs des centaines de milliers de sans-papiers corvéables à merci et expulsables sans encombres ? Ce cynisme n’a pas de limite si l’on pense aux Ukrainiens sans-papiers dans les plantations de tabac de Fattebert, ancien Vice-président de l’UDC. Ce même Parlement témoigne de la plus grande indulgence envers ceux qui emploient des personnes au noir. Lorsque le Parlement avait à se prononcer sur l’accès aux marchés publics ou sur les sanctions pour les employeurs, il s’est montré, dans sa majorité, bien plus tolérant qu’envers les étrangers !
A Genève souffle un vent différent. Mais la proposition du Conseil d’Etat en vue de la régularisation des travailleurs clandestins n’a eu aucun écho de Berne.

A côté de la xénophobie d’Etat que Christophe Blocher a apportée au Conseil fédéral, nous devons nous préoccuper, nous inquiéter et nous opposer au racisme et à la xénophobie qui se développent autour de nous. Un employeur qui refuse d’embaucher une personne en raison de la couleur de sa peau, un régisseur qui n’attribue pas de logement à un étranger ou les compagnies d’assurances qui pratiquent des primes différentes selon la nationalité du conducteur, nous ne pouvons pas l’admettre !

Et les discriminations et exclusions visent aussi les catégories les plus faibles, toute nationalité confondue !

  • Nous sommes encore loin, très loin, de l’égalité des salaires entre hommes et femmes.
  • Pour les chômeurs de notre canton, la Confédération n’entend plus que les occupations temporaires cantonales ouvrent un nouveau droit.
  • Du côté de l’AI, on ne parle plus que des abus. L’UDC ne manque pas une occasion pour stigmatiser les étrangers et les rentiers AI pour des raisons psychiques. Mais ils omettent d’évoquer que bien souvent, les troubles psychiques ont été provoqués par un contexte de harcèlement sur le lieu de travail ou par un burn-out.

Pour diminuer le chômage et pour réinsérer les invalides, il faudrait une politique qui encourage la création d’emploi et non pas traquer les chômeurs et les personnes ayant déposées une demande à l’AI !

Les organisations syndicales regroupées au sein de la communauté genevoise d’action syndicale combattent quotidennement cette détérioration inacceptable des conditions de vie des plus faibles aussi bien par notre aide accordée à nos guichets à ceux qui viennent chercher un soutien qu’avec notre action sur le plan politique. Il est urgent de changer de cap pour la dignité de tous- aussi bien ici qu’aux portes de l’Europe comme à Ceuta et Mellila !
Et pour conclure, je citerai Rosa Luxembourg : Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, le 1er mai sera l’expression annuelle de nos revendications. Et quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde entier aura gagné sa délivrance, alors l’humanité du monde entier fêtera probablement le 1er mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.

René Simon Meyer

[1Edouard Leupold, Adjoint au département de Justice et Police 1909-1911, tiré de « Suisse - un essai sur la racisme d’Etat » de Weill-Lévy, Grünberg et Isler.