Comité d’organisation du 1er Mai

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Discours de 15h30 à la place Longemalle

Ueli Leuenberger

lundi 1er mai 2006 par Claude Reymond

Conseiller national, vice-président des Verts suisses

Il y a 120 ans, à Chicago, des immigrés d’origine allemande protestaient contre leurs conditions de travail. Stigmatisés à cause de leur origine sociale, de leur engagement politique et du fait d’être étrangers, ils furent des boucs émissaires faciles pour la classe dominante qui les livra au bourreau. Arrêtés, ils furent condamnés au bagne ou à la mort. Quatre d’entre eux furent pendus. Plus tard, ces syndicalistes furent innocentés mais c’était trop tard. Cet événement, en mai 1886, a été à l’origine du 1er mai. La lutte contre l’exclusion et la xénophobie fait donc partie des préoccupations de la journée revendicative internationale des travailleuses et travailleurs depuis son origine.

Les organisateurs et organisatrices du Premier Mai ont cette année particulièrement raison de mettre l’accent sur cette lutte contre l’exclusion et la xénophobie. Tout d’abord, parce que nous sommes en pleine campagne contre la nouvelle loi sur l’asile et la nouvelle loi sur les étrangers, deux lois inhumaines que la majorité bourgeoise a votées à Berne dans le droit chemin de l’UDC. Ces deux LEX BLOCHER sont la suite des campagnes xénophobes mensongères constantes menées depuis vingt ans par le parti d’un leader xénophobe devenu Conseiller fédéral. Dire haut et fort "non" à l’exclusion et à la xénophobie est également nécessaire, parce que ces idées malsaines ont de plus en plus de succès dans notre pays. Les campagnes permanentes sur les soi-disants faux réfugié-e-s, les accusations qui visent à faire passer quasiment tous les migrants et migrantes pour des gens malhonnêtes qui abusent, à faire passer les personnes d’origine africaine et de Kosove pour des trafiquants de drogue, à faire passer les Musulmans et Musulmanes pour des terroristes potentiels, influencent aussi une partie non-négligeable de travailleuses et travailleurs.

Dénoncer et condamner fermement les tenants xénophobes dans notre pays ne suffit pas. Nous devons aussi nous poser la question de savoir pourquoi tant de travailleuses et travailleurs, dont les intérêts se situent pourtant clairement à gauche, votent pour le parti xénophobe d’un multimilliardaire devenu Conseiller fédéral. Expliquer le succès des partis xénophobes uniquement par les campagnes haineuses contre nos collègues venus d’ailleurs n’est pas sérieux. Nous devons clairement reconnaitre que dans le quotidien, entre femmes et hommes d’origine diverse, dans nos cités, dans notre pays, il y a une série de problèmes non résolus. Des problèmes qui irritent, dérangent et révoltent parfois. Des problèmes qui provoquent une grande incompréhension, également parmi des travailleuses et travailleurs, membres ou non de nos organisations.

Dans le domaine de l’intégration, il y a un énorme travail de rattrapage à faire. Le niveau de connaissance des faits migratoires, des conditions de séjour et de vie des migrants et réfugiés est tellement lacunaire, aussi bien dans la population en général que chez nos autorités.

Qui connaît par exemple vraiment l’historique de la présence du plus grand groupe d’immigrés dans notre pays, celle des personnes issue l’ancienne Yougoslavie ? Qui sait, pourquoi un habitant sur 20 en Suisse est originaire de cette région ?

Qui connaît vraiment les différentes facettes de la plus grande hypocrisie qui soit en terme de main d’œuvre étrangère ? Je parle du sort des sans-papiers dans notre pays. Ces 200’000, 300’000, ou peut-être plus, femmes et hommes qui travaillent chez nous, parce qu’on a besoin de leurs bras mais à qui on refuse un permis. A-t-on conscience de ce que veut dire "vivre la peur au ventre" chaque fois que l’on croise quelqu’un en uniforme ? De ce que veut dire, être exposé à l’exploitation à l’état pur, cette exploitation pouvant aller parfois jusqu’au droit de cuissage et à la mise en danger de la vie ? De ce que veux dire de vivre dans la crainte de ne plus pouvoir envoyer de l’argent pour soutenir les siens qui vivent dans la misère dans le pays d’origine ?

Qui connaît vraiment la réalité de ce qu’ont vécu les réfugié-e-s, ces femmes, hommes et enfants, qui quittent leur pays lointain pour un long trajet, souvent périlleux pour demander protection, asile chez nous. Ce que veux dire d’avoir subi des sévices et parfois la torture ou tout simplement de craindre d’en subir en cas de retour dans le pays d’origine ?
Qui sait que plus de 50% des femmes, hommes et enfants qui demandent l’asile en Suisse obtiennent l’asile ou l’admission provisoire et donc se voient reconnaître qu’ils avaient des motifs tout à fait valables pour demander protection en Suisse ?

Et malgré cela, les sirènes xénophobes continuent à hurler en répandant le bruit que 95% des requérants sont des faux réfugiés.
Et qui sait dans quelles conditions misérables la plupart de ces êtres humains vivent en Suisse, un des pays les plus riches du monde ?

Il y a un énorme travail d’information à faire pour rendre plus de gens aptes à ne pas tomber dans les pièges d’une propagande qui suscite un esprit hostile ou haineux envers les étrangers et étrangères. Pour que des gens de condition modeste, des femmes et des hommes défavorisés, des jeunes qui ne trouvent pas de places d’apprentissage, des retraité-e-s qui doivent se serrer la ceinture, comprennent que le parti du multimilliardaire défend des thèses néolibérales pures et dures et des intérêts diamétralement opposés aux leurs. Pour qu’ils comprennent, que, sous prétexte de combattre des abus, ces populistes s’attaquent au filet de sécurité de nos assurances sociales et, qu’en coupant à la hache dans les budgets des collectivités publiques, ils mettent en danger notre sécurité sociale et la protection de l’environnement.

Chasser les persécuté-e-s et les travailleurs et travailleuses immigrés, baisser les impôts des plus riches, exclure et marginaliser celles et ceux qui vivent modestement, continuer de polluer l’atmosphère, gaspiller les ressources énergétiques et détruire l’environnement ne peut tout de même pas constituer un programme pour des travailleuses et travailleurs ou pour des retraité-e-s.

Brader Swisscom et privatiser l’ensemble des services publics, transformer notre pays en une gigantesque Société anonyme, une « Suisse SA », basée sur la logique du marché néolibéral, ne peut tout de même pas être le but des travailleuses et travailleurs.

Aider à mieux comprendre la transformation rapide du monde dans lequel nous vivons, transformation qui semble échapper de plus en plus à une partie grandissante de la population, est l’une des tâches les plus importantes qui nous incombe. Le monde est devenu compliqué. Y trouver ses repères est devenu plus difficile pour beaucoup de gens. Les inégalités criantes entre régions, les guerres pour contrôler les sources énergétiques, les catastrophes climatiques font naître des craintes supplémentaires auxquelles il faut apporter des réponses.
Mieux informer, mieux expliquer, mieux débattre, mieux convaincre, voilà le travail qui nous attend.

L’entraide concrète et la solidarité vécue sont certainement des conditions indispensables pour empêcher l’exclusion et combattre la xénophobie.

Dans ce sens, je vous dis : Vive le 1er Mai !